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La
Vierge Marie et l'archange Gabriel, dans la scène de l'Annonciation,
fêtée le 25 mars. Ce traité musulman sur les ères et les calendriers
de l'histoire a été rédigé par Al-Biruni vers l'an Mil. (Copie du
XVI° siècle). |
Il inspire le calendrier instauré par
Jules César, ce calendrier julien qui restera en usage dans tout le
monde chrétien jusqu'en 1582.
Un 366ème jour est ajouté tous les 4
ans au mois de février, à l'origine des années bissextiles. Le mois
de Juillet honore Julius Caesar et Août le fondateur de l'Empire,
Augustus (Auguste). Le Sénat rajoute un jour à l'ancien mois de
Sextilis (qui en comportait 30) pour le rendre équivalent au mois qui
honore César. Ce jour est retranché au mois de février...
A Rome, le changement d'année a lieu le 1er janvier - autre décision
de Jules César, qui le préfère au 1er mars traditionnel - sous les auspices
du dieu Janus, au double-visage, l'un contemplant le passé et l'autre
l'avenir. Au Moyen Age, tout dépend de l'époque et du lieu. Le 1er
janvier est parfois adopté, en l'honneur de la circoncision du Christ,
pour voiler l'origine païenne de cette date. Mais ce peut être le 1er
mars, le 25 mars, jour de l'Annonciation, de la conception du Christ, à
Pâques (c'est l'usage dans le domaine royal jusqu'en 1564, date à
laquelle Charles IX impose le 1er janvier) ou encore le 25 décembre...
Pourtant, les calendriers commencent tous le 1er janvier, malgré cette
diversité, et c'est depuis les Romains le jour des souhaits et des
étrennes, offertes au facteur depuis la fin du XVIII° siècle.
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La flèche du temps
Les religions du Livre ont un point commun dans leur approche du
temps : ce dernier a un début, un point d'origine. Pour les Juifs,
c'est le moment de la création du monde, l'an I, le 7 octobre 3760
avant J.C. selon le calendrier chrétien. Ce dernier s'impose vers le
X° siècle, avec l'an I de l'Incarnation du Christ. Quant aux
Musulmans, leur calendrier démarre le 16 juillet 622 du calendrier
chrétien, avec l'Hégire, l'exil du prophète Mahomet vers Médine. La
"flèche du temps" remplace la "roue du temps", le
temps circulaire des Aztèques par exemple, ou le décompte des années
par rapport au règne des consuls dans l'antiquité romaine...
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Les
5000 facteurs de la Poste rurale, créée en 1830, inaugurent le
succès du calendrier des Postes. En collaboration avec les
facteurs rennais, François-Charles Oberthur invente l'almanach
que nous connaissons encore, sur carton imprimé
recto-verso. |
L'invention des calendriers
Quand ils quittent les places publiques des villes de l'Antiquité
pour arriver entre des mains privées, les premiers calendriers sont perpétuels
: les jours de la semaine ne sont pas indiqués par leur nom, mais par
une "lettre dominicale". Il suffit de connaître la lettre
dominicale de l'année en cours : tous les jours marqués de cette
lettre tomberont un dimanche... C'est au milieu du XVI° siècle que les
calendriers annuels vont s'imposer, l'imprimerie contribuant à les
généraliser.
Au Moyen Age et à l'époque moderne, les gens du peuple vivent avec les
grands repères du calendrier : les grandes fêtes de Noël et de
Pâques, avec le carême qui les précède à chaque fois, les fêtes
des saints les plus renommés, celle du saint patron de la paroisse. La
Saint Jean (24 juin) marque la fin de l'année comptable, la Saint
Michel (29 septembre) ou la Saint Rémy (1er octobre) sont les dates
redoutées des perceptions seigneuriales ou royales...
Les premiers almanachs apparaissent. Le Messager boiteux indiquent
les jours fastes : "bon prendre pilule", "bon sevrer les
enfants", "bon couper bois", "très bon
saigner", "bon couper les ongles", n'hésitant pas à
prédire "Tonnerre et éclairs" avec six mois d'avance !
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Janus
mangeant et se chauffant,
allégorie du mois de janvier,
Missel du XIV° siècle |
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Le calendrier grégorien
Avec ses 365 jours et ses années bissextiles, le calendrier julien
est légèrement plus long que l'année astronomique. Avec les siècles,
le décalage devient sensible, notamment au moment de Pâques. Depuis le
XV° siècle, les autorités ecclésiastiques sont de plus en plus
embêtées : depuis le Concile de Nicée de 325, le dimanche de Pâques
est fixé au dimanche qui suit la Pâque juive, elle-même assise sur
l'équinoxe de printemps. En 1582, l'équinoxe intervint avec 10 jours
d'avance sur le 21 mars officiel du calendrier ! Aux grands maux,
les grands remèdes : le pape Grégoire XIII, après 10 ans de travaux
théologico-scientifiques, supprime 11 jours pour faire coïncider à
nouveau le temps calendaire et le temps astronomique. Du coup, Sainte
Thérèse d'Avila est morte dans la nuit du jeudi 4 octobre au vendredi
15 octobre 1582... Pour raccourcir l'année julienne, 3 années
bissextiles tous les 400 ans sont désormais supprimées.
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Des prescriptions de l'Église à la
propagande révolutionnaire
Au début, les calendriers indiquent les heures de prière, les
grandes fêtes religieuses, les temps de Carême. La Contre-Réforme du
XVI° siècle interdit de se marier du début de l'Avent à l'Épiphanie.
Avec sa diffusion, le calendrier devient un support éditorial. Ainsi, l'Almanach
de Gotha, tiré de 1764 à 1945, recense la généalogie des grandes
familles aristocratiques d'Europe. Dès le XVII° siècle, le calendrier
imprimé, offert à l'occasion du nouvel an, sert les propagandes
royales, impériales et républicaines, tout en vantant, à partir du
XIX° siècle, chocolats, champagnes ou savons... En 1906, l'Almanach
de la Révolution scande les luttes sociales : 1 juin - A
Lorient, les ouvriers du bâtiment en grève mettent le feu au chantier
d'un patron récalcitrant.
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Le calendrier mort-né des Nations Unies
En 1922, la Société des Nations envisage une réforme du
calendrier grégorien, au profit d'un temps plus rationnel, au service
de l'efficacité économique, pour éviter même "le temps perdu à
consulter le calendrier". L'année devrait être découpée en 13
mois de 28 jours complétés par un Year Day... Le projet est
repris après-guerre par l'ONU mais abandonné en 1955 à la suite du veto
des États-Unis qui le jugent anti-religieux.
Aujourd'hui, le calendrier grégorien s'est répandu dans le monde
entier, avec la colonisation européenne d'une grande partie du monde,
mais aussi avec le choix de l'occidentalisation fait par certains États,
comme la Turquie de Mustafa Kemal en 1927 ou le Japon de l'ère Meiji en
1872.
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