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Un film de François Dupeyron, d'après le roman de Marc Dugain, avec
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Août 1914 : sur le front, les Allemands sont encore
invisibles. Parti en reconnaissance à cheval, le jeune lieutenant
Adrien Fournier (Eric Caracava) croise la trajectoire d'un obus, qui
emporte sa mâchoire. Défiguré, incapable de parler, il se retrouve
dans la chambre des officiers de l'hôpital militaire du Val de Grâce,
à Paris. Officier, il a droit à un peu de morphine, il a droit aussi
aux efforts du chirurgien, qui tente opération sur opération, 16 en
tout pour le soldat de la Grande Guerre qui a inspiré le romancier Marc
Dugain. Greffe osseuse contre obus industriels, vie réparée et mort
infligée comme les deux visages du progrès des sociétés européennes
à l'aube du XX° siècle. Dans cette chambre d'où les miroirs ont été retirés, Adrien réapprend lentement à s'accepter dans le regard des autres, et notamment dans celui de son infirmière (Sabine Azéma). Au nouveau blessé qui ne le peut pas, et qu'il surprend dans les toilettes prêt à se pendre, il crie : "La guerre continue dans ta tête, mais elle est finie. Tu as le droit de vivre. On a le droit de vivre..."
De façon surprenante, ces "gueules cassées", parmi les 4 millions de blessés graves de la grande Guerre, n'appartiennent pas à notre imaginaire. Nous préférons retenir l'image du poilu jaillissant des tranchées, et plus encore les scènes du départ joyeux vers le front, comme au début du film, gare de l'Est à Paris (voir ci-contre). En Allemagne, c'est tout le contraire : les "gueules cassées" hantent l'esthétique des peintres expressionnistes comme Otto Dix ou Georges Grosz. Gueules cassées qui basculeront dans le pacifisme pour certaines, plus sûrement du côté des Casques d'Acier (Stahlhelm), premiers bataillons de la revanche nazie, comme s'il était devenu impossible pour elles de vivre dans la paix. Le beau film de François Dupeyron vient ainsi combler un manque, et en nous obligeant à fixer le visage ravagé d'Adrien, il nous force à regarder à nouveau la barbarie du siècle commençant... |
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"26
avril 1918 Des copains sans nombre ont été écrabousés, mis en miettes, un vrai désastre, gradés, hommes, ça tombait comme les semences". Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front, 1914-1918, Librio, Radio-France, 1998 |
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