D.R. |
Un documentaire en 5 parties de Chema
Sarmiento, T. Celal et Youssef Seddik, coproduit par Arte
France et la Cie des Phares & Balises, diffusé dans le
cadre de Thema « Mahomet ».
52 mn |
(1/5) Vers la
prophétie. (2/5) La Révélation. Diffusion : mardi 29 janvier,
20 h 45
(3/5)
Médine et la Loi. Diffusion : mercredi 30 janvier,
20 h 45
(4/5)
Le Pouvoir et la Mecque.
(5/5) Le
Coran. Diffusion : jeudi 31 janvier, 20 h 45
L'émission Mahomet est un projet de
grande envergure au service d'une grande ambition : présenter
et faire connaître l'islam, Mahomet et le Coran. À cette fin, la chaîne culturelle a mobilisé d'importants
moyens (trois ans de développement) et programmé les cinq épisodes
de la série à une heure de grande écoute. Le résultat est
remarquable et n'est pas sans rappeler une autre grande réussite,
Corpus christi. Traiter le fait religieux n'est pas chose aisée à la
télévision. Les auteurs du documentaire réussissent cette gageure de
donner un éclairage approfondi sur la naissance de l'islam sans rien
dissimuler de la complexité et de la difficulté de sa connaissance.
La qualité de la réalisation (beauté des images, montage vivant)
évite le piège d'une didactique pesante. Le grand intérêt et la force de la série reposent sur sa
construction, à la fois savante et vivante. Les auteurs portent au
plus haut degré l'art du contrepoint. Le discours est polyphonique,
faisant se répondre simples croyants abrités sous une tente dans le
désert syrien, tenants de l'islam officiel et enfin universitaires
qui renvoient le récit des précédents à sa dimension historique.
Cette construction permet de suivre pas à pas, de manière
chaleureuse et pittoresque, la vie de Mahomet, tout en soulignant
bien l'arrière-plan, les enjeux et les implications de chacune des
étapes importantes de son existence et de son action. Les éléments
de la vie de Mahomet, puisés aux sources de la Sira et des Hadith,
ponctuent en effet la série. Souvent empruntés à une très ancienne
littérature apocryphe et populaire, racontés par des croyants
ordinaires, ils offrent une imagerie vivante qui constitue une
introduction agréable aux mises au point des chercheurs.
La construction de la série exerce une
grande séduction sur le téléspectateur. Mais sa complexité ne
permettra pas une utilisation des plus aisées et imposera le recours
à une thématique réduite et un travail de fond sur la structure du
documentaire et ses différents modes de récit.
Les épisodes Épisode 1 : Vers la
prophétie. Ce premier épisode s'attache à dépeindre le cadre
« géo-politico-religieux » de l'Arabie à la naissance de
Mahomet, pour reprendre l'expression d'Alain Wieder. C'est avec brio
qu'il inscrit la vie du futur prophète dans le temps et dans
l'espace. Dans l'espace tout d'abord : le film pratique
fréquemment le changement d'échelle pour resituer l'Arabie dans le
monde politique et économique du VIe siècle. Dans le temps
ensuite : les recherches des historiens et des anthropologues
sont mises à contribution pour cerner l'organisation des sociétés de
la péninsule arabique, les enjeux qui les traversent, les rapports
de force qui les opposent. La présence et l'influence culturelle du
judaïsme et du christianisme en Arabie et sur le jeune Mahomet
ressortent nettement de ce premier volet.
Épisode 2 : La Révélation. La Révélation, ce contact entre
l'homme et la divinité, fait de Mahomet un prophète, le
« sceau des prophètes » selon la tradition, c'est-à-dire
celui qui prolonge et clôt la Révélation commencée avec Abraham,
poursuivie avec Moïse et Jésus. Passionnant, cet épisode nous fait assister en témoin à
la naissance d'un nouveau monothéisme. Commencée en 610, peut-être
au mont Hira, la Révélation bouleverse la vie de Mahomet et bientôt
celle de tous les habitants de la Mecque. La radicale nouveauté de
son message menace en effet le cadre tribal et le clan au pouvoir.
Les enjeux politiques, les tensions suscités par la Révélation sont
soulignés avec clarté. L'un des nombreux
mérites du film est de montrer l'influence des traditions juives et
chrétiennes sur Mahomet et le contenu de la Révélation à travers
quelques exemples saisissants.
Épisode 3 : Médine et la Loi. Yatrib, qui sera bientôt
appelée Médine, la ville du prophète, était une étape importante des
caravanes vers la Perse. Troublée par les luttes qui agitaient les
différentes composantes de sa population, elle n'avait jamais pu
devenir une métropole. Dans cette ville au bord de l'explosion,
Mahomet va se voir proposer d'endosser le rôle d'arbitre de la
communauté. Le film permet de comprendre
la portée politique et sociale du message de Mahomet. La communauté
qu'il fonde transgresse les cadres traditionnels des sociétés
arabiques et propose une fraternité reposant sur la religion. À
Médine, Mahomet devient un chef politique et bientôt un chef de
guerre, ce qui n'est pas sans répercussion sur le contenu de la
Révélation et sur ses rapports avec les Juifs.
Épisode 4: Le Pouvoir et la Mecque. À partir de 628,
Mahomet consolide et agrandit les territoires convertis à l'islam.
Il obtient des Mecquois un pacte de paix, le pacte de Houdabiya et
conquiert Kaïbar, une ville juive du Nord. Pour la première fois, à
Mo'ta, il affronte les Perses sassanides, prélude des conquêtes hors
de la péninsule arabique. Il parvient enfin à prendre la Mecque, et
consacre ses dernières années à confirmer son autorité sur la
péninsule arabique. L'épisode offre une
double lecture de ces événements militaires. Ils apparaissent comme
le signe de la puissance de Dieu, qui intervient directement dans
les conflits selon les croyants. Ils montrent la nature politique de
l'entreprise de Mahomet à partir d'analyses d'historiens.
Épisode 5:
Le Coran. Vingt-trois ans après sa
première révélation, Mahomet annonce à ses fidèles la fin de la
prophétie et sa mort prochaine. Cet épisode expose les incertitudes
et les questionnements suscités par la transcription des
Révélations. Selon la tradition, le troisième calife Othman,
confronté à la mort de nombreux compagnons du prophète, a recueilli
et rassemblé les paroles sacrées mémorisées par les compagnons ou
transcrites sur divers matériaux. Les
divergences sont fortes entre les tenants de la tradition pour qui
le Coran est une œuvre divine, qui n'a pas été écrite mais dictée,
et les partisans d'une analyse historique qui insistent sur le
travail d'écriture et d'agencement du texte.
La démarche
Les sources de l'islam
Sur tous les épisodes [Histoire, 5e et 2de.]
Exposer la nature des sources
qui constituent ensemble la tradition musulmane. Nommer et
distinguer Coran, Hadith (recueil des actes et paroles de Mahomet),
la Sira (la biographie du prophète). Expliquer ce qu'est une
littérature apocryphe.
Une culture orale
Sur tous les épisodes [Histoire, 5e et 2de.]
La nature orale du Coran
(récitation), destiné à être dit à voix haute et non lu, est
rappelée à plusieurs reprises dans le documentaire. Une grande place
est donc accordée à la récitation de multiples versets ou Hadith.
Mais, les intervenants ne s'adressent que rarement à la caméra. Les
conteurs s'adressent directement à un public, les enseignants aux
élèves, les universitaires à des collègues. Observer ainsi que le
Coran est à l'origine de nombreux liens sociaux (enseignement, liens
intergénérationnels...) dans la société musulmane.
Piété populaire contre
« islam historique » ? Sur tous les épisodes [Histoire, 5e et 2de.]
Il s'agit de distinguer les
informations contenues dans le texte sacré, qui comporte peu
d'enseignement sur la vie du prophète, et la Sira, un récit
biographique qui rassemble les Hadith (la tradition), les paroles et
actions du prophète telles qu'elles ont été transmises par ses
compagnons. Observer comment le
documentaire montre à la fois l'omniprésence du Coran dans la
société musulmane, et les multiples divergences sur le statut des
Hadith ou bien encore sur les récits merveilleux dont s'est enrichie
la piété populaire. Un même verset est récité par plusieurs voix
successives. La parole passe par exemple d'un imam chiite à une
enseignante d'école de jeunes filles, à un conteur ou à un
historien. Lorsqu'il s'agit de la
récitation du Coran, leurs paroles se complètent, se répondent mais
elles se contredisent souvent sur les Hadith. Apparaissent ainsi les
divergences entre des croyants férus de légendes populaires, les
tenants de l'islam officiel, et des intellectuels qui dénoncent la
sacralisation des Hadith en alléguant que le Prophète lui-même avait
demandé que seules les paroles révélées soient conservées.
Les contradictions du Coran
Sur tous les épisodes [Histoire, 5e et 2de.]
Certains versets du Coran
sont contradictoires. Cependant, les contradictions, selon les
exégètes, ne sont pas le signe de l'imperfection du Coran. C'est
pourquoi a été développé le principe de l'abrogation, selon lequel
un verset révélé le plus tardivement abroge un verset antérieur. On
peut relever d'autres explications fournies par les intervenants
pour justifier ces contradictions. Dans le cas de l'interdiction du
vin, il est d'abord précisé que les croyants doivent s'abstenir de
prier en état d'ébriété, puis l'interdiction devient totale. Pour
les historiens, cela montre le pragmatisme dont Mahomet a fait
preuve pour que les interdictions soient adoptées par la communauté.
Vers la prophétie
Sur l'épisode 1 [Histoire, 5e et 2de.]
L'Arabie du VIe
siècle. Localiser la péninsule arabique et souligner sa position
charnière entre les deux mondes alors connus, l'Occident d'une part,
l'Extrême-Orient d'autre part. À l'aide
du documentaire, cartographier les routes commerciales reliant la
Méditerranée à l'océan Indien.
S'appuyer
sur le film et les connaissances des élèves sur l'Empire byzantin
pour replacer l'Arabie dans le contexte géopolitique de l'époque.
Comprendre que l'essor commercial de l'Arabie est lié à
l'affrontement de l'Empire perse et de l'Empire byzantin, les deux
puissances mondiales de l'époque, pour le contrôle des routes
caravanières transitant par le Golfe persique. Cet affrontement a
rendu stratégique la route qui partait du Yémen au sud et remontait
vers les deux Empires, via la Mecque et Yatrib (à localiser et
cartographier). Remarquer que le caractère stratégique de cette
route explique l'importance des tribus mecquoises dont le rôle a été
de protéger le commerce.
Noter que les
sociétés de la péninsule arabique reposent sur le clan et ont pour
cadre la tribu. Définir celle-ci comme un ensemble d'individus liés
par les liens du sang et de parenté.
Mahomet. C'est dans cet univers que voit le jour Mahomet
vers 571. Son père est issu d'une aristocratie caravanière ayant
perdu toute fortune, mais il appartient à la tribu des Qoraïchites,
celle qui domine l'important centre commercial et religieux de la
Mecque. Orphelin à cinq ans, Mahomet va apprendre le négoce auprès
de son oncle mecquois, Abu Talib.
La
diversité religieuse de l'Arabie du VIe siècle. Noter que la plupart
des tribus arabes étaient polythéistes et observer que le sanctuaire
de la Kaaba de la Mecque est pré-islamique. Il abritait un grand
nombre de statues provenant de tribus de toute l'Arabie (liée à son
rôle commercial important). Remarquer que la péninsule arabique,
traversée par de nombreux courants d'échange, n'est pas un isolat
culturel. Elle est perméable aux idées et aux religions du monde
méditerranéen. Observer que Mahomet a eu connaissance de certaines
idées juives et chrétiennes. Des similitudes frappantes ont été
relevées entre tel épisode provenant d'un évangile apocryphe et tels
passages du Coran.
La Révélation Sur l'épisode 2 [Histoire, 5e
et 2de.]
Premiers convertis et premières difficultés. Souligner
l'hostilité croissante des Qoraïchites à un message religieux
monothéiste qui menace de saper les fondements de leur pouvoir.
Observer le caractère subversif de la
prédication de Mahomet en faveur des pauvres et des esclaves et
comprendre qu'il menaçait en réalité le cadre strictement
hiérarchisé de la tribu.
Qu'est-ce que le
Coran ? Relever la définition du Coran donnée par l'un des
intervenants : un ensemble de versets transmis par le prophète,
qui ont été appris, puis transcrits et ensuite rassemblés après sa
mort. Noter la durée de la Révélation (vingt-deux ans), ainsi que la
diversité des conditions dans lesquelles elle s'est produite et des
formes qu'elle a revêtues.
La parenté avec le
judéo-christianisme. Rappeler la reconnaissance par le Coran de
l'ensemble de la Révélation juive et chrétienne. L'épisode souligne
avec force les nombreux points communs entre le message délivré par
Mahomet et les religions chrétienne et juive. Répertorier l'ensemble
de ces convergences et observer qu'elles portent sur les aspects les
plus fondamentaux de la religion : définition de la divinité,
vie après la mort, résurrection après la mort, question du jugement
de Dieu Relever que Mahomet se présente lui-même comme le dernier
des prophètes envoyés par Dieu, après Abraham, Moïse et Jésus. Noter
que pour les croyants de l'islam, tous les prophètes depuis Abraham
étaient « musulmans », c'est-à-dire
« soumis » à Dieu. Comprendre que la religion prêchée par
Mahomet se veut aussi prolongement et dépassement des deux premiers
monothéismes par l'achèvement de la Révélation.
L'humanité de Mahomet et la question de la transcendance
de Dieu. L'humanité de Mahomet, et donc sa faillibilité, sont
souvent évoqués dans le Coran ou dans les Hadith. C'est le cas et le
sens de l'épisode dit des « versets sataniques », versets
impies qui auraient été inspirés à Mahomet par Satan lui-même.
Insister sur l'humanité de Mahomet revient à souligner son simple
rôle d'instrument de la volonté divine. Comprendre que le Coran
n'est pas la parole d'un homme mais celle de Dieu. Opposer ainsi le
Coran aux Évangiles chrétiens. Observer que le caractère divin de la
parole transmise par Mahomet est à l'origine d'une grande modération
chez les exégètes musulmans (voir l'épisode 5).
Médine et la Loi
Sur l'épisode 3 [Histoire, 5e et 2de.]
Mahomet, fondateur
d'une communauté qui transcende la tribu. À Yatrib, bientôt appelée
Médine, Mahomet constitue l'Ouma, une
communauté dont les membres sont liés par un principe confessionnel.
Comprendre que Mahomet rompt ainsi avec le cadre de la tribu et crée
une nouvelle solidarité entre les Arabes qui est susceptible de
mettre fin aux rivalités tribales. En élargissant la société tribale
à une société de croyants, Mahomet rend possible l'unification des
Arabes sous la bannière de l'islam.
Mahomet
législateur. À travers l'action d'assainissement et d'adduction de
Mahomet à Médine, noter son rôle nouveau d'organisateur et de chef
d'une communauté à l'origine pluriconfessionnelle (juifs,
musulmans). Observer que le changement radical apporté par l'Hégire
dans la vie du prophète a des répercussions sur le contenu du Coran.
Noter la nature différente de la Révélation de Médine : les
sourates médinoises sont de plus en plus longues et présentent un
caractère réglementaire et législatif affirmé (elles concernent les
domaines les plus variés : règles de l'inceste, code du
mariage, de l'alimentation, héritage).
Le premier essor de l'islam. À Médine, la question de la
subsistance des émigrés de la Mecque, sans ressource et dont le
nombre ne cesse de croître, devient criant. Mahomet résout le
problème en lançant les musulmans à l'attaque des caravanes des
Qoraïchites et en légalisant la razzia et le butin. Il a ainsi
canalisé la tradition ancestrale de la razzia contre les ennemis de
la religion naissante. Désormais, il y avait un intérêt matériel à
devenir musulman. Les conversions ont alors beaucoup augmenté.
La rupture avec
les Juifs. Observer qu'à l'origine de la rupture entre Mahomet et
les Juifs de Médine, on trouve le rejet de son message par les
docteurs juifs au nom de leur propre Révélation. L'union avec les
tribus juives de Médine qui avait prévalu jusqu'alors devient
impossible et Mahomet va progressivement les éliminer. L'une des
conséquences de la rupture est ce que l'un des intervenants
appelle « l'abrahamisation de son message » : Mahomet
va se référer directement à la source du monothéisme, Abraham, et
passer par-dessus la tête de Moïse et Jésus. Observer qu'une
traduction concrète de cette rupture est apportée par le retour à la
Qibla (la direction de la prière ) abrahamique originelle, celle de
la Kaaba.
La nature politique des conquêtes
Sur l'épisode 4 [Histoire, 5e et 2de.]
Relever à quel moment se met
en place, lors des conquêtes, ce que l'historien espagnol José Luis
Berruguete décrit comme l'origine du pouvoir absolu du chef
musulman. Regrouper les autres aspects politiques des conquêtes du
prophète, en particulier le poids stratégique et économique de la
ville de la Mecque et l'explication de la clémence du prophète
envers ses habitants.
Des pratiques religieuses
préexistantes Sur l'épisodes 4
[Histoire, 5e et 2de.]
Environ un tiers des lois
coraniques existait avant l'islam, notamment le pèlerinage à la
Mecque. Observer également les convergences avec les deux autres
grandes religions monothéistes. Les exemples sont nombreux :
Mahomet, comme Abraham, brise les idoles, impose des interdictions
alimentaires communes avec le judaïsme... Mettre en relation
l'interdiction des images avec la question de l'iconoclasme qui
secoue l'Empire byzantin.
La place de la femme dans la
communauté musulmane Sur l'épisode 4
[Histoire, 5e et 2de ; ECJS,
lycée.]
En
replaçant les révélations dans leur contexte, on observe que des
versets qui semblent a priori justifier
l'infériorité des femmes apparaissent en fait comme des
améliorations de leur condition. Ainsi, en prescrivant que le
témoignage de deux femmes équivaut à celui d'un homme, le Coran
attribue à la femme une identité juridique qui ne lui était pas
reconnue. Opposer les lectures divergentes de femmes témoignant dans
le film : celles qui pensent que doivent être suivies à la
lettre les prescriptions du Coran et celles qui réclament une
lecture moderniste et veulent que soit adaptée l'idée d'une
revalorisation de la condition des femmes dans la société actuelle.
Le Coran a-t-il une
histoire ? Sur l'épisode 5
[Histoire, 5e et 2de ; ECJS,
lycée.]
Le
documentaire donne la parole aux exégètes et aux philologues qui
cherchent à resituer le Coran dans son cadre géographique et
historique. Ils montrent par exemple les évolutions entre l'arabe du
VIIe siècle et l'arabe classique dans lequel s'est fixé le Coran, ce
qui permet d'avancer l'idée que le Coran a probablement subi des
modifications après l'époque d'Othman. Est-ce pour autant nier le
caractère sacré du texte ? Montrer l'aspect politique et social
de ces questions venues du domaine religieux . Certains intervenants
vivent sous la menace des fondamentalistes : S. Qumni,
universitaire égyptien, vit sous la protection des forces de l'ordre
l'État ; S. Mansour, démis de ses fonctions de professeur
à l'université d'Al Hazar du Caire, a été emprisonné trois ans pour
ses idées.
La question non réglée de la
succession Sur l'épisode 5
[Histoire, 5e et 2de.]
À la mort de Mahomet,
préciser pourquoi « la réunion du vestibule » au cours de
laquelle est choisi le premier calife, Abu Bakr, porte en germe la
division des musulmans entre sunnites et chiites.
Le document Entretien avec Alain Wieder, directeur
de l'unité Thema d'Arte France
Pouvez-vous
nous expliquer les modes de récit de la série ?
Nous avons tenu à ce que la
narration la plus fidèle et la plus détaillée du personnage reste
collée au documentaire, à l'interrogation, de l'ensemble des acteurs
dans la société musulmane. Ces acteurs
sont de trois types, tour à tour interrogés dans les cinq
épisodes : - Ceux qu'on pourrait
appeler les petites gens, le peuple de tant de sociétés musulmanes
visitées, vieilles grand-mères, enfants artisans, qui ont incorporé
la vie de Mahomet comme une sorte de légende intime. Ces
intervenants simples vont nous raconter à chaque étape l'essentiel
de ce qu'on appelle la Sira ou biographie sacrée du Prophète.
- Cette légende populaire souvent
amplifiée par ses auteurs généralement illettrés, nécessite des
rectifications et parfois même des contre-récits qui seront assurés
par des représentants de ce qu'on appelle l'islam officiel, imam de
mosquée, enseignants dans les universités islamiques, telle Al
Hazar... Surtout quand il s'agit d'un sujet impliquant une loi, une
notion théologique ou un débat intereligieux. - Le troisième type est celui qui correspond au point de
vue des auteurs : il s'agit de mettre dans une perspective
critique toutes ces données fournies soit par le petit peuple, soit
par l'islam officiel. D'éminents universitaires arabes ou
internationaux, souvent non impliqués dans le credo religieux
islamique, vont nous aider à éclairer les différentes étapes de ce
récit en les renvoyant à leur dimension historique. Le tissu du récit est enrichi par une lecture toujours
liée à la biographie de Mahomet et au Livre fondateur de l'islam, le
Coran. Sont également utilisés des textes des hadith ou paroles du
Prophète, des chroniques anciennes qui ont institué la tradition.
Toutes ces étapes de la narration sont ponctuées par des miniatures
ottomanes animées. La mémoire de ces
personnages, de la Chine du Ouïgour jusqu'au Maroc, est encore plus
présente dans les sites et les paysages. Outre les mosquées, écoles
religieuses ou mausolées d'un grand saint, c'est le paysage naturel
que nous avons interrogé. Ici se lit la stratégie d'une bataille, là
le souvenir d'une rencontre entre le jeune Mahomet et un prêtre
chrétien, tous ces lieux sont souvent cités dans le Coran ou du
moins pris en compte dans la tradition islamique pour transcrire
dans le vif du quotidien la vie et l'œuvre du Prophète.
Quelles ont été vos sources ?
Les sources d'images sont rares.
En dehors de la calligraphie et de quelques enluminures ottomanes
que nous utilisons parfois dans le film, l'islam n'utilise pas la
représentation. C'est une des raisons qui nous ont confortés dans
l'idée d'aller sur le terrain filmer dans les mosquées, les écoles
coraniques, sous la tente, dans une académie militaire ou dans un
café la tradition telle qu'elle se transmet aujourd'hui encore.
C'est à l'image d'un islam vivant. On peut même se dire que les
récits se disaient de la même manière il y a deux, cinq ou dix
siècles. Ce mode de filmage était plus pertinent qu'une malhabile
construction. Pour les textes, nous
avons utilisé la Sira, ou biographie sacrée, le Coran et ses
différentes exégèses, les chroniques du premier, deuxième et
troisième siècle de l'Hégire, sans parler des écrits récents, arabes
ou non, qui ont étudié ce qu'on appelle le prime islam et la vie de
son fondateur.
Quelle traduction du Coran avez-vous
choisie ? La version de la
traduction du Coran de Kasimirski a été choisie parce que la plus
classique et la plus courante.
Pourquoi
vous êtes-vous arrêté au VIIIe siècle ? Encore une fois, le personnage central de ce récit est
Mahomet et, avec lui, le Coran. Nous avons donc pensé qu'il fallait
absolument aborder la question de la recension du Coran, la
compilation qui s'est faite sous la califat d'Othman. L'expansion de
l'islam, l'actualité de l'islam, sont une autre affaire. Même si on
commence à aborder les conquêtes dans la série, car elles ont
commencé dès le VIIIe siècle.
Propos recueillis pour Arte
La bibliothèque
ALILI Rochdy, Qu'est ce que l'islam ?, La Découverte,
2000. CAHEN Claude, L'Islam, des origines au début de l'Empire
ottoman, Hachette littérature, coll. « Pluriel »,
1997. DELCAMBRE, Anne-Marie, Mahomet, la parole d'Allah,
Gallimard, coll. « Découvertes », 1987.
MERAD Ali, L'Exégèse coranique, PUF, coll. « Que
sais-je », 1998. BRIQUEL-CHATONNET
François, « Mahomet, les Juifs et la Bible », « Juifs
et Arabes. Mille ans de cohabitation, cent ans
d'affrontement », L'Histoire,
n° 243, mai 2000. MICHEAU
Françoise, « Les pays d'Islam, VIIe-XVe siècles », Documentation photographique, n° 8007,
La Documentation française, février 1999.
Sur le site Horizon du Monde, un article consacré à la vie
rêvée de Mahomet. www.lemonde.fr/ Un site
officiel qui présente l'ensemble des versets du Coran selon les
thèmes choisis et les Hadith expliquant le contexte des Révélations.
www.al-islam.com/
Le site de la grande
mosquée de Paris offre des éléments de compréhension de l'islam.
www.mosquee-de-paris.com/ Un dossier spécial sur le site d'Arte propose des interviews, des
extraits de la série, un glossaire, une chronologie, une
bibliographie et des liens. www.arte-tv.com
Anouck Durand et Julien Maraval, professeurs
d'histoire et
géographie. |
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/ Télédoc Janvier 2002
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commercial, privé ou
scolaire.
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