Paris en banlieue (1840-1940)
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Le Musée de Nogent-sur-Marne présente une exposition
sur les agrandissements de Paris au lendemain de l'annexion de 1860. D'un
seul coup, la capitale passe de 12 à 20 arrondissements en absorbant les
communes périphériques.
Musée municipal de Nogent-sur-Marne
36 boulevard Gallieni
0148755125
du 17 novembre 2001 au 24 mars 2002 |
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Zoniers de la porte d'Ivry (cliché Eugène Atget) (B.N.) |
Sur la caricature, Paris est une femme, grasse, un donjon sur la tête, étalée…
Elle écrase Clichy, Batignoles (sic), Nanterre… Un petit mendiant
l’interroge : « Où couchera le petit monde ? » La
caricature date du 10 décembre 1859, juste avant l’annexion par Paris,
au début de l’année suivante, des 11 communes qui l’enserrent :
Belleville, Montmartre, Grenelle, les Batignolles… Du jour au lendemain,
ces communes deviennent des arrondissements de Paris, repoussant les
limites de la ville jusqu’à l’enceinte fortifiée de Thiers
(construite dans les années 1841-1845), les fameuses « fortifs »…
Des photos d’Eugène Atget nous montrent des Parisiens, anciens et
nouveaux, allongés sur l’herbe des fossés, ouvriers et employés côte
à côte. Lieu de promenade, les fortifs sont aussi la « zone »,
zone militaire non aedificandi, non constructible, terrain d’élection des
zoniers, des vagabonds et des chiffonniers. Ils sont au moins 50 000,
peut-être 200 000, installés dans la zone, vivant dans des cabanes ou
des roulottes, leur seule présence diffusant peur et malaise… Alors
face à ces Apaches, à ces zoniers, on agite le bâton. Les premiers
chiens-policiers aboient et mordent à Neuilly sur Seine, en 1907.
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En
cette deuxième moitié du XIX° siècle, les zoniers sont le dernier
avatar des exclus de la capitale. Historiquement et étymologiquement, la
banlieue est depuis longtemps l’endroit où l’autorité rejette à
quelques lieux de Paris les indésirables. Les protestants, dans le temple
bâti pour eux à Charenton au XVII° siècle. Les incurables rejetés par
les hôpitaux parisiens, dans l’hospice d’Ivry. Les morts, dans les
cimetières parisiens d’Ivry ou de Pantin. Les mendiants, les malades,
les aliénés, les criminels, dans l’hôpital de Bicêtre…
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Plan de banlieue de Paris, en 1717 (B.N.) |
Même
les banlieues aux allures de province ne résistent pas à
l’industrialisation et à l’urbanisation qui gonfle l’agglomération.
A Sarcelles, au milieu du siècle, on moissonne encore. On cultive
l’ananas en serres. A Villiers-sur-Marne, dans bien d’autres communes
encore, on pratique horticulture et maraîchage. La blanchisserie à
Gentilly. Pendant ce temps, Saint Denis, Clichy et Ivry se couvrent de
cheminées. En 1914, la banlieue a détrôné Paris : 370 établissements
industriels contre 300 pour la capitale. Pourtant, bien des communes
autrefois vouées à la villégiature résistent. Une grande affiche
verdoyante appellent les citoyens de Maisons-Alfort, autre commune champêtre,
à refuser une usine à gaz en 1912. (Déjà, Epinay sur Seine protestait
contre une fabrique d’acide sulfurique en… 1776 !)
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De
toute la France, la main d’œuvre afflue pour remplir les usines.
L’exode rural se traduit par des vagues d’immigration vers les
faubourgs populaires et la banlieue, où se réfugie aussi une partie du
petit peuple parisien chassé de la ville par les grands travaux
haussmaniens. Il faut bien loger tout ce monde. Tout au long du XIX° siècle,
les grands domaines aristocratiques sont dépecés, lotis, comme le parc
de Saint Maur des Fossés, domaine des princes de Condé. Des lotissements
surgissent de terre, avec ces maisons hautes, en brique et en meulière,
sur des terrains étroits, produites à la chaîne. Lotissements résidentiels,
comme « l’Avenir de Couilly » à Champigny, « véritable
cure d’air à 105 mètres d’altitude », « à 8 minutes de
la gare », « 70 trains par jour ». Lotissements ouvriers
aussi, aux côtés des hôtels meublés et des immeubles collectifs.
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Zoniers de la porte d'Ivry
(cliché Eugène Atget) (B.N.) |
Sous
le Second Empire (1852-1870), des initiatives charitables financent même
la construction de maisonnettes avec jardin. Après la Commune de 1871, la
peur des Rouges, des socialistes est palpable. En 1908, Clémenceau,
ministre de l’intérieur, envoie l’armée pour réprimer la grève des
carriers de Draveil, Vigneux, Villeneuve-le-Roi. Ils revendiquent le
paiement à la journée (et non plus à la tâche) ainsi que le repos
hebdomadaire. Bilan : 5 morts. La paix sociale, croit-on alors, sera
atteinte quand l’ouvrier sera devenu propriétaire. Les premières
mesures efficaces tardent. Il faut attendre les lendemains de la Première
guerre mondiale pour voir le temps des pavillonneurs. Et c’est la loi
Loucheur (1928) qui permet la création en 5 ans de 200 000 Habitations à
Bon Marché et de 80 000 logements sociaux en accession à la propriété.
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Malgré
tous ces bouleversements des paysages et de la population, une grande
fierté banlieusarde se manifeste. La démocratie locale restaurée par la
Troisième République en 1884 permet d’entendre la protestation des élus
de banlieue contre la morgue des édiles parisiens.
Et
au tournant du siècle, Saint Mandé, après Saint Denis et Saint Ouen,
n’hésite pas à organiser une « Exposition internationale de la
banlieue de Paris », avec « l’état des connaissances
universelles » ! Heureusement, pour se distraire un peu, il y a
une exposition canine et de chiens policiers…
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