Vercingétorix de Jacques Dorfmann

Pauvre Vercingétorix ! Le film, pas notre héros national... Sacré "bide du siècle" par Télérama, "nanard de l'année" par France-Inter, c'est être bien certain que d'autres catastrophes cinématographiques ne vont pas nous tomber sur la tête ! En fait, sans avoir l'efficacité de Gladiator, sans l'énergie de la Jeanne d'Arc de Luc Besson, le film de Jacques Dorfmann n'est pas inintéressant pour qui veut revenir sur les pas de nos ancêtres les Gaulois. Pour qui veut découvrir des traits habituellement cachés du mythe créé par Napoléon III d'abord, puis par nos grands Républicains pour les écoles de Jules Ferry...
D'ailleurs, le film dit bien que loin d'être un lointain précurseur d'une république d'égaux, Vercingétorix est un aristocrate, petit-fils de roi arverne. 

Christophe Lambert

Christophe Lambert dans le rôle-titre

Les premières images nous emmènent à Gergovie, en -60 avant J.-C., où l'enfant Vercingétorix est témoin de l'assassinat de son père, Celtillos, roi déchu par les aristocrates de son peuple, mais qui était prêt à ceindre de nouveau la couronne royale pour se dresser contre César. La révolte des peuples gaulois contre le général romain, en - 52, permettra au jeune Vercingétorix de prendre leur commandement, mais avant tout, de rétablir la royauté parmi les Arvernes... 

Autre information apportée par le film : César n'est pas l'ennemi de la première heure... Ainsi on voit le Romain et Vercingétorix chevaucher côte à côte, devisant ensemble au long d'une superbe route pavée romaine, avant de les retrouver plus tard, en compagnie d'autres chefs gaulois, scellant une alliance militaire avec César pour s'emparer de l'île de Bretagne et partager moitié-moitié le butin espéré. Effectivement, les historiens de la période sont nombreux à estimer que dans les premières années des campagnes césariennes en Gaule, Vercingétorix a pu servir de guide, d'auxiliaire, comme d'autres autochtones, au Romain, lui fournissant même des contingents. Avec sa chronologie approximative, le film raccourcit d'ailleurs cette période de "collaboration" pour propulser plus vite Vercingétorix dans le camp de la rébellion et de "la résistance à l'envahisseur"...
Le film explique bien pourquoi des peuples gaulois ont pu être les alliés de César : ce sont eux, et en particulier les Éduens (dans l'actuelle Bourgogne) qui l'ont appelé au secours ! A l'aide contre ces cavaliers aux cheveux roux, menaçants, tapis dans les bois : les Germains ! Ces Germains que César engage ensuite comme mercenaires pour défaire les troupes d'Alésia... 
Fidèle au récit de César, dont la Guerre des Gaules est la principale source de nos connaissances sur Vercingétorix, le film s'en éloigne au moment de la reddition d'Alésia. Il suffit de rapprocher l'image du film ci-dessus du célèbre tableau de Henri-Paul Motte. 

Tableau Henri-Paul Motte

Tableau de Henri-Paul Motte, 1886

Vercingétorix, digne dans la défaite, vient caracoler jusqu'à la tente de César avant de remettre ses armes. Une version favorable à l'orgueil national depuis la III° République qu'on trouve dans Plutarque, qui écrit 150 ans après les événements. César, lui, raconte tout autre chose : "César ordonne d'amener les chefs. Lui-même prend place sur le retranchement, devant son camp. On lui livre Vercingétorix, on jette les armes à ses pieds".
Entre le captif livré et le héros qui se sacrifie, le film de Jacques Dorfmann ne balance pas : en ce début de siècle, comme aux débuts de la III° République, quand Gambetta, Ferry et Lavisse créaient des grands hommes à admirer, Vercingétorix reste le héros indestructible de nos leçons d'histoire.

Bibliographie :
  • Le dernier numéro (février 2001) d'Historia consacre un dossier spécial aux "irréductibles Gaulois". 
  • Paul M. Martin, Vercingétorix, Perrin, 2001.
  • Christian Goudineau, César et la Gaule, Points Seuil, 2000.
  • Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen, Tome 2, PUF, 1991.