De l'art et de la manière de citer ses sources                                       

" Les historiens [affirme Antoine Prost] passent beaucoup de temps à se lire les uns les autres et à réutiliser le travail de leurs collègues. Les livres des uns sont effectivement pour les autres des recueils de faits, des carrières dans lesquelles ils vont chercher des pierres pour leur édifice. Le domaine de l’histoire est si vaste, les sources si abondantes, qu’on aurait tort de ne pas utiliser le travail des collègues et des prédécesseurs, dès lors qu’il présente les garanties requises de méthode : tout reprendre à partir des sources serait une entreprise vaine et désespérée. " (Antoine Prost, op.cit, p.73).

Le concours de professeur des écoles n’ayant pas pour fonction de recruter des historiens professionnels, il est probable que les documents proposés aux candidats par les jurys seront essentiellement de deux natures : des documents écrits publiés et des documents iconographiques.

Reproduire ou citer des documents nécessite un minimum de rigueur. On ne peut demander, en effet, d’être cru sur parole. Il est donc nécessaire d’indiquer clairement la provenance des documents cités. La règle est d’indiquer le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage qui est écrit en italiques, le lieu d’édition, l’éditeur, l’année de publication et la page. On aura ainsi par exemple : Henri Moniot, Didactique de l’Histoire, Paris, Nathan, 1993, p.49. Si l’on cite à plusieurs reprise le même ouvrage, et qu’aucune confusion n’est possible, on peut se limiter, après le nom de l’auteur, à indiquer op.cit (opuscule cité). On aura alors : Henri Moniot, op. cit., p 50. Il peut arriver aussi de citer un auteur lui même cité dans un autre ouvrage. On procède de la manière suivante : Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p.428 cité par Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, Folio Histoire, 1996, p82. Pour citer une oeuvre d’art, il est nécessaire d’en nommer l’auteur, la nature, le lieu de conservation et les éventuels droits à l’image afférents. On n’oubliera pas la dimension de l’œuvre. Comment, sur une reproduction, savoir si l’on a affaire à une statuette ou à une statue monumentale, à une miniature ou à un tableau d’envergure ?

Toute citation pour être authentique doit être en tout point conforme à l’original. On s’interdira donc toute modification, allant même jusqu’à reproduire les fautes d’orthographe, où les graphies aujourd’hui abandonnées figurant dans le document. Si l’on prend comme exemple le texte de Foulcher de Chartres étudié un peu plus loin dans ce manuel, on le citera de la manière suivante : " Vous venez, dit-il, enfans (sic) du Seigneur, de lui jurer de veiller fidèlement, et avec plus de fermeté que vous ne l’avez fait jusqu’ici, au maintien de la paix parmi vous, et à la conservation des droits de l’Église " (Foulcher de Chartres, Histoire des Croisades, édité par F. GUIZOT, Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, Paris, J-L-J Brière, 1825, p. 7) L’adverbe sic (ainsi en latin), mis entre parenthèse souligne qu’on cite textuellement, si étranges que puissent paraître les termes ou expressions utilisés. Toute coupure, aussi minime soit-elle, doit être ainsi signalée. Ainsi, dans la citation de d’Antoine Prost faite précédemment : " Il n’y a pas […] de document sans question. C’est la question de l’historien qui érige les traces laissées par le passé en sources et en documents " (Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, Folio Histoire, 1996, p.81), seul le mot " davantage " avait été retiré du texte original. Un problème se pose pourtant. Rien ne permet, le plus souvent, de savoir quelle est l’ampleur de la coupure faite dans le document, ce qui peut se révéler gênant. Le problème se pose de la même manière pour la reproduction des œuvres d’art. Combien de reproduction de tableaux sont-elles tronquées dans les manuels par un recadrage inavoué, dont le seul objectif est le plus souvent de permettre l’insertion du document à la place qui lui est assignée par l’éditeur…

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