Le XX°
siècle et le monde actuel
- la planète en guerre : l’extrême violence du siècle ;
- l’extermination des juifs par les nazis :
un crime contre l’humanité ;
- la Cinquième République : pour commencer à
comprendre le fonctionnement de notre système démocratique ;
- la société en France dans la deuxième moitié
du XXème siècle : les progrès techniques, la fin des campagnes et le
bouleversement des genres de vie ;
- les arts, expressions d’une époque : à partir d’un ou deux
exemples français ou internationaux laissés au choix des enseignants
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I) Un siècle meurtrier :
les deux Guerres
mondiales
A)
La Grande Guerre : la grande cassure
Par son bilan (10 millions de morts), par sa dimension mondiale,
par la reconversion de toute l'économie dans la production
de guerre, par ses conséquences aussi, le premier conflit
mondial apparaît comme une rupture profonde : la fin du
XIX° siècle, et le début d'une nouvelle ère
à la fois pleine de promesses (l'illusion que cette guerre
fut la " der des ders ", les " années folles
" du tango, du jazz et du charleston) et de menaces ("
Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes
mortelles ", Paul Valéry).
1)
L'exacerbation des nationalismes européens
La fin du XIX° siècle et le début
du siècle nouveau sont marqués par une aggravation
des tensions entre principales puissances européennes.
Concurrence économique : l'Allemagne devient la seconde
puissance industrielle en 1914, derrière les États-Unis,
mais devant la Grande-Bretagne et la France.
Opposition militaire
: Londres tente par tous les moyens de ralentir l'effort de construction
navale allemand.
Rivalités coloniales : la France et la
Grande-Bretagne ont été au bord de la guerre en
1898, à propos du contrôle du Soudan. La France
et l'Allemagne en 1905 et 1911 à propos du Maroc.
Cette montée des impérialismes européens
- qui se partagent alors l'Afrique - s'accompagne de discours
et d'attitudes nationalistes, parmi lesquelles un effort de réarmement
considérable et la conclusion d'alliances.
A la veille
du conflit, la Triple Entente - qui réunit la Grande-Bretagne,
la France et la Russie - s'oppose à la Triplice (ou Triple
Alliance ), qui associe les deux empires centraux allemand et
austro-hongrois à l'Italie. La " poudrière
des Balkans " va faire exploser l'Europe. Indépendante,
la Serbie tente, avec le soutien russe, d'unifier tous les Slaves
du sud, qui se trouvent sous les dominations austro-hongroise
et turque.
Lorsque le 28 juin 1914, un groupe de nationalistes
serbes assassine à Sarajevo l'héritier du trône
de Vienne, François-Ferdinand, le jeu des alliances conduit
inéluctablement à la guerre : l'Autriche déclare
la guerre à la Serbie, cette dernière aussitôt
soutenue par la Russie, la France décrétant la
mobilisation générale le 1er août, à
laquelle répond l'entrée en guerre de l'Allemagne
le 3, l'invasion de la Belgique, et la riposte militaire britannique.
2)
L'échec des offensives (1914)
Même si cette guerre était redoutée
par toutes les opinions publiques, particulièrement dans
les villes où les journaux à grand tirage touchent
tous les milieux sociaux, son déclenchement surprend.
Certes, en France par exemple, la guerre est acceptée,
soutenue par " l'union sacrée " de toutes les
forces politiques, d'autant plus facilement que le grand leader
pacifiste, le socialiste Jean Jaurès, a été
assassiné le 31 juillet. Mais les départs au front
ne se font pas dans l'enthousiasme, " la fleur au fusil
", beaucoup plus avec le sentiment d'un devoir à
accomplir. Non pas pour " récupérer l'Alsace
et la Lorraine " - souci et discours des seules ligues nationalistes
-, mais avec la conviction d'un juste combat, pour répondre
à l'agression allemande.
Cette guerre qui explose soudain a été prévue
depuis longtemps par les états-majors des deux puissances
continentales : leurs plans sont tous les deux offensifs, la
victoire doit être acquise très rapidement au terme
d'une guerre de mouvement. De fait, la guerre commence ainsi
: en conformité avec son plan XVII, le général
Joffre jette l'essentiel de ses forces en Lorraine et dans les
Ardennes, pour percer et détruire l'armée allemande.
Cette dernière, obéissant au plan Schlieffen, envahit
la Belgique et le Nord de la France, frôle Paris d'où
le gouvernement a fui, pour envelopper l'armée française
et tenter de la détruire sur le plateau de Langres. Or
ces deux manuvres connaissent l'échec. Tout de suite
en Lorraine pour les Français, qui se replient sur Nancy
après de très lourdes pertes. En septembre pour
les Allemands, qui sont repoussés sur l'Aisne et en Champagne,
après la décisive bataille de la Marne, de l'Ourcq
jusqu'à Verdun.
A la fin de 1914, après une "
course à la mer " (vers la Manche) où Allemands
et Franco-Britanniques tentent de se déborder mutuellement,
un immense front de 600 km de long est en place, de la Belgique
jusqu'à la Suisse, Picardie, Champagne et Ardennes étant
occupées par les troupes de Guillaume II.
3)
La guerre de tranchées (1915-1917)
Dès lors, les deux armées vont s'enterrer
pour conserver à tout prix les positions acquises. Les
soldats des deux camps apprennent à vivre dans la boue,
le manque d'hygiène (les " poilus " ne peuvent
se raser), à combattre en tentant de s'emparer de la tranchée
d'en face et à mourir sous les grenades, les obus de l'artillerie
et les gaz asphyxiants.
Pour arracher la victoire, dans un conflit
qui s'éternise, les deux camps lancent de grandes offensives
qui mobilisent des centaines de milliers d'hommes. Mais la puissance
du système de fortifications transforme ces tentatives
de percées - franco-britannique en Artois en 1915, allemande
à Verdun - en immense boucherie : un million de morts
dans les deux camps à Verdun entre février et juin
1916.
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Renfort des troupes
françaises durant la bataille de Verdun, en 1916 |
De
nouvelles - et inutiles - offensives dans la Somme et en Artois
provoquent de véritables mutineries en 1917, auxquelles
le général Pétain, nouveau commandant en
chef, met fin à la fois par la répression et par
une nouvelle stratégie fondée sur la défensive.
4)
L'entrée en guerre des États-Unis et l'offensive finale
(1917-1918)
Au fur et à mesure que la guerre se prolonge,
les États contrôlent de plus en plus tous les domaines
de la vie économique (réquisitions, affectation
de femmes et d'ouvriers non qualifiés dans les usines,
surveillance des prix et des salaires) et sociale.
Toute l'économie
est tournée vers la production de guerre. D'où
les tentatives des ennemis de gagner cette guerre économique
puisque la victoire est impossible sur le terrain. A partir de
1915, les Franco-Britanniques tentent d'étouffer l'économie
allemande par un blocus naval de plus en plus étroit.
L'Allemagne répond par une guerre sous-marine à
outrance dans l'Atlantique pour asphyxier l'économie britannique.
Bénéficiaires d'un commerce fructueux avec l'Entente,
leurs navires étant parfois coulés, les États-Unis entrent en guerre en avril 1917.
Devant cette menace, et parce qu'ils remportent une spectaculaire
victoire, suivie de la paix, sur le front Est avec la révolution
russe d'octobre 1917, les Allemands mettent toutes leurs forces
dans d'ultimes offensives à l'ouest, à partir de
mars 1918, sur la Somme, en Flandre, au Chemin des Dames et en
Champagne. Mais mal nourries, mal relevées, épuisées,
les troupes allemandes ne peuvent résister aux armées
alliées coordonnées par le général
Foch et renforcées par le matériel et les hommes
américains, les premiers chars (Renault) et la supériorité
sous-marine et aérienne : après une révolution
ouvrière à Berlin, le gouvernement de la nouvelle
République allemande signe l'armistice de Rethondes le
11 novembre 1918.
5)
Le bilan catastrophique d'une Europe et d'un monde bouleversés
Pertes humaines et matérielles : 10 millions
de morts, 6 millions d'invalides. La France a été
le pays le plus touché, proportionnellement : 1,4 million
de tués et de disparus, soit 10% de la population active
masculine.
Cette saignée s'accompagne d'un déficit
des naissances. La stagnation démographique française
se prolonge, avec un vieillissement de la population qui ne continue
de croître qu'avec le recours à l'immigration. Cette
dernière participe à la reconstruction d'un pays
dont le nord est en ruines : maisons, ponts, routes, usines
Bilan des morts de
la Première Guerre mondiale |
Allemagne |
Russie |
France |
Autriche- Hongrie |
Angleterre |
1 900 000 |
1 700 000 |
1 400 000 |
1 000 000 |
|
Perte de prestige des Européens
dans les colonies et dans le monde : la guerre a été
mondiale, elle s'est étendue en Afrique où les
franco-britanniques se sont emparés des colonies allemandes,
en Extrême-Orient où les Japonais ont fait de même
dans les Mariannes et en Nouvelle-Guinée.
Les colonies
ont fourni des vivres, des matières premières,
" tirailleurs sénégalais " et "
zouaves marocains ", souvent engagés dans les combats
de première ligne, comme en témoignent les cimetières
militaires de l'Ourcq. Au lendemain de la guerre,
les peuples colonisés ne croient plus à ce qu'on
leur inculquait - la supériorité naturelle de la
métropole - et réclament une amélioration
de leur sort. A ce premier déclin de l'influence européenne
dans les colonies s'ajoute l'expansion des États-Unis, les plus
grands bénéficiaires de la guerre, et du Japon,
dont les capitaux se placent désormais à Londres
et à Paris.
Bouleversements sociaux : les clivages sociaux s'accentuent avec
l'enrichissement des " marchands de canons " et l'appauvrissement
des petits rentiers, des retraités et des salariés
touchés par l'inflation.
Les femmes ont acquis une place
nouvelle dans la société, en s'étant rendues
indispensables pendant toute la guerre, dans les champs, dans
les usines, dans les bureaux, dans les écoles
(pour compenser la perte de très nombreux instituteurs)
Le féminisme progresse, la mode évolue (la " garçonne " en cheveux courts), le droit de vote est
accordé en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux États-Unis,
en Russie (mais pas en France).
L'Allemagne punie
Apparente victoire de la démocratie
Quatre empires autoritaires se sont écroulés, ce
qui transforme profondément la carte de l'Europe, redessinée
par les traités de paix de 1919 : l'empire du tsar - devenu
la Russie communiste -, l'empire ottoman réduit à
l'actuelle Turquie, l'empire austro-hongrois démantelé
- avec la naissance d'une minuscule Autriche et d'une Hongrie,
d'une Tchécoslovaquie, d'une Yougoslavie indépendantes
-, enfin le Reich allemand, que le traité de Versailles
diminue sur le plan territorial, coupe en deux par le "
couloir de Dantzig ", démilitarise, confisque
les colonies, surveille, condamne à de lourdes réparations
et rend seul responsable du conflit.
Tous ces États adoptent des régimes parlementaires, mais
la démocratie ne résiste pas à l'installation
rapide de régimes autoritaires dans toute l'Europe centrale
et orientale (à l'exception de la Tchécoslovaquie),
ainsi qu'en Russie communiste.
En Allemagne, elle est contestée
à la fois par l'extrême gauche communiste et par
l'extrême droite, dont le parti national-socialiste de
l'ancien combattant Adolphe Hitler, qui tente de prendre le pouvoir
en Bavière par un putsch, en 1923. En prison, il rédige
Mein Kampf, dans lequel il promet le rejet du traité de
Versailles, la naissance d'un nouveau Reich pourvu d'un "
espace vital " à l'Est et débarrassé
des " races inférieures ", à commencer
par les Juifs. |