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D)
Essor démographique, agricole et urbain
Contrairement aux idées reçues (et fausses)
sur l'atmosphère de fin du monde de l'an mil, cette date
est à retenir comme point de départ d'une période
d'expansion durable, aux multiples manifestations.
Expansion
démographique, nette, durable, jusqu'au début du
XIV° siècle (famine et Peste Noire). Des hommes plus
nombreux, plus nombreux parce que mieux nourris (les rendements
atteignent 4 pour 1 en Bourgogne au XII° s. contre 2 à
3 pour 1 à l'époque carolingienne), mieux nourris
parce que plus nombreux.
D'immenses défrichements, assèchements
de marais permettent d'étendre les surfaces cultivées.
La diffusion de nouvelles techniques (charrue attelée,
collier d'épaule pour les bufs, moulin à
eau, puis à vent à partir de 1180) autorise d'autres
progrès agricoles.
La production de surplus monnayables permet une différenciation
sociale, l'apparition de marchands et d'artisans dans les faubourgs
des anciennes villes épiscopales ou dans les nouveaux
bourgs castraux, et permet parfois aux serfs d'acheter leur affranchissement
(lire une telle charte
d'affranchissement de 1248).

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Une
rue au XV° siècle (à Paris ?).
On distingue bien sur le côté droit de la rue, dans les
boutiques, les plats des barbiers, avec les rasoirs. |
Un signe incontestable : l'érection
des cathédrales gothiques
Dans une société féodale christianisée,
cet essor démographique et économique permet de
fournir les effectifs ouvriers considérables et les finances
nécessaires à l'érection de milliers d'églises
rurales romanes (voûte en berceau, arc de plein cintre),
et à partir du milieu du XII° s. et de l'Ile de France,
des premières cathédrales gothiques urbaines (arc
brisé, voûte sur croisée d'ogives).
La diffusion dans toute l'Europe du modèle gothique ou
clunisien prouve que cet essor démographique et social
est celui de tout l'Occident.
Il est le fait d'une Église conquérante,
qui assure la cohésion des trois ordres
d'une société
féodale divisée entre :
- ceux qui prient (les oratores),
- ceux qui
combattent (les bellatores)
- ceux qui travaillent (les laboratores).
Cet essor est aussi le fait
de nouvelles couches sociales mal intégrées à
ce schéma d'une société profondément
rurale : artisans, marchands, noyaux de cette bourgeoisie qui
anime de mieux en mieux les villes de commune, qui ont su acheter
ou arracher leur autonomie au seigneur.
C'est en particulier sur ces villes (" villeneuves ",
" villefranches ") que les grands rois capétiens
vont s'appuyer pour reconstruire leur autorité et faire
émerger l'État moderne de la féodalité.
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