La Révolution française...
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Prise de la Bastille : 14 juillet 1789 |
Le
coup d'État du 18 brumaire
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I) La Révolution et l'Empire : l'avènement d'une France nouvelle
A)
La destruction de l'Ancien Régime :
de la monarchie constitutionnelle à la République
(1789-1792)
1) 1789: l'invention des droits
de l'homme et du citoyen
Très vite, les États généraux ouverts
à Versailles le 5 mai 1789 échappent à l'intention
première du roi et de ses ministres : imaginer de nouvelles
ressources financières pour la monarchie.
Le 17 juin 1789,
les députés bourgeois du tiers-état, "considérant
qu'ils représentent 96% de la nation", se proclament
Assemblée nationale. Louis XVI tente de disperser l'Assemblée
par la force, ce qui suscite le Serment du Jeu de Paume de donner
une Constitution au royaume, avant de céder et d'ordonner
aux députés du clergé et de la noblesse
de se fondre dans l'Assemblée nationale.
Le 9 juillet,
celle-ci se proclame Assemblée constituante. C'est le
premier acte - politique - de la Révolution : au nom de
leur représentativité, les députés
du tiers ont affirmé l'existence politique de la nation,
le droit de dire la loi. C'est la fin de la monarchie absolue.
La prise
de la Bastille
A cette révolution
politique succède rapidement une révolte populaire.
D'abord à Paris où le peuple et les "patriotes"
bourgeois, alarmés par une possible contre-offensive des
troupes royales, s'insurgent et mettent sur pied une nouvelle
municipalité et une milice bourgeoise, la garde nationale.
Ensemble, ils partent à l'assaut de la prison royale de
la Bastille, symbole de la monarchie absolue, le 14 juillet.
Louis XVI cède à nouveau, et lors d'une visite
à Paris, reconnaît la nouvelle autorité municipale
et accepte la cocarde tricolore qui unit le blanc, couleur du
roi, au rouge et au bleu de la ville de Paris.

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Prise de la prison
de la Bastille, le 14 juillet 1789, Gravure d'époque. Musée
Carnavalet, Paris |
Dans les provinces, d'autres municipalités,
dotées de leur garde nationale, ont succédé
à l'administration royale. Surtout, en juillet, la Grande
Peur s'empare des campagnes.
La
Grande Peur |
Alarmés par des rumeurs de
brigandage, de destruction de leur récolte, les paysans
s'en prennent au château voisin pour y brûler les
terriers, les registres recensant les droits seigneuriaux.
Pour
tenter de couper court aux désordres, les députés,
sur l'initiative d'une noblesse effrayée, décident
dans la nuit du 4 août l'abolition des privilèges.
Certes, seule la servitude personnelle est immédiatement
supprimée, les autres droits seigneuriaux devant être
rachetés par les paysans, mais c'est la fin de la division
de la société en trois ordres qui est proclamée. |
Une véritable révolution sociale vient de succéder
à la révolution politique. D'autant plus que l'assise
financière du premier ordre du royaume est ébranlée,
avec la nationalisation, autrement dit la confiscation, en novembre
1789, des biens fonciers et immobiliers du clergé.
Les Français ne sont
plus des sujets, mais des citoyens
En ayant fini
avec ce que les révolutionnaires appellent l'Ancien Régime,
les députés s'attellent à définir
les principes de la société nouvelle, contenus
dans la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen
du 26 août 1789.
Les Français ne sont plus des sujets,
mais des citoyens. Ils bénéficient de l'égalité
des droits (abolition des privilèges), de la liberté,
d'aller et de venir, d'exprimer son opinion, de pratiquer ou
non une religion (le protestantisme est reconnu), de posséder
(y compris des esclaves, dans les colonies, malgré les
efforts abolitionnistes de Robespierre et de la Société
des Amis des Noirs).
Tous ces principes sont garantis par la
Loi, qui émane nécessairement de la nation souveraine
(et non plus du roi ou de Dieu).
L'invention
de la politique |
Les Français
inventent aussi à cette époque la politique, avec
leurs débats autour des affiches, des journaux qui se
multiplient (L'Ami du peuple de Marat), des clubs politiques
qui prolifèrent (les Cordeliers, où figurent les
premiers républicains, les Jacobins où intervient
Robespierre).
Les Parisiens restent des acteurs de premier plan,
les Parisiennes aussi, lorsqu'elles ramènent au château
des Tuileries à Paris Louis XVI et sa famille, lors d'une
expédition armée à Versailles les 5 et 6
octobre, pour tenir sous leur surveillance un roi qui refuse
d'approuver la décision du 4 août. |
Tous ces principes animent non seulement l'Assemblée,
où apparaissent des tendances de " gauche "
et de " droite " (par rapport au pupitre du président),
où le public est présent.
2) 1792 : la lère République
(22 septembre)
Le double-jeu de Louis XVI, une situation militaire difficile,
le conflit entre une Assemblée bourgeoise et un pouvoir
parisien populaire expliquent la chute de la monarchie.
D'abord, le roi refuse en bloc la Révolution. C'est ce
qu'il écrit avant de tenter de fuir à l'étranger
en juin 1791 (il est reconnu et arrêté à
Varennes). Préservé par la majorité modérée
de l'Assemblée, le roi empêche par la suite le fonctionnement
de la monarchie constitutionnelle, dont les institutions sont
fixées par la Constitution de 1791.
Conformément
aux idées de Montesquieu, les pouvoirs sont séparés,
l'exécutif revenant au roi, le législatif appartenant
à l'Assemblée, une Assemblée législative
élue en septembre 1791 au suffrage censitaire (cette Constitution
écarte du vote 3 000 000 de " citoyens passifs "
- majoritaires dans les villes -, trop pauvres pour payer le
cens exigible, équivalent à 3 journées de
travail).
L'entrée
en guerre
Cette trahison du roi ruine la crédibilité qui
lui restait et renforce le sentiment républicain, tout
en accentuant les divisions entre l'Assemblée et la rue.
La garde nationale réprime ainsi dans le sang une manifestation
républicaine exigeant la destitution du roi au lendemain
de Varennes.
L'entrée en guerre accentue encore les tensions. C'est
avec l'arrière-pensée d'une défaite de la
France révolutionnaire que Louis XVI approuve, le 20 avril
1792, la guerre contre l'Autriche, décidée par
les modérés et les Girondins de l'Assemblée
("Les immigrés persistent dans leur rébellion,
les souverains étrangers persistent à les soutenir.
Peut-on balancer à les attaquer ?" Discours aux
Jacobins de Brissot, l'un des leaders girondins).
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Les combats s'engagent mal. Quand les
Parisiens reçoivent du duc de Brunswick, commandant des
armées prussiennes et autrichiennes, l'ordre de se soumettre
à Louis XVI, ils mettent en place une Commune insurrectionnelle
et le 10 août, donnent l'assaut au château des Tuileries.
Louis XVI doit se réfugier à l'Assemblée,
qui le suspend et le fait emprisonner à la prison du Temple,
avec toute sa famille. C'est la fin de la monarchie.
La Convention
remodèle le pays
Une Convention,
élue en principe au suffrage universel - fondant ainsi
le premier régime démocratique de notre histoire
(en réalité, seule une minorité de " patriotes
" s'est exprimée), proclame alors le 22 septembre 1792 (au
lendemain de la victoire de Valmy) premier
jour de l'An 1 de la République.
Cette République
voit alors s'opposer ses représentants bourgeois élus,
la majorité girondine, et "sans-culottes", ouvriers
et artisans parisiens partisans d'une démocratie directe.
Appuyés sur les sans-culottes, les Montagnards
dirigés
par Robespierre obtiennent d'abord la condamnation et l'exécution
du roi, le 21 janvier 1793, puis l'arrestation des Girondins,
en juin 1793.
Partisans d'une démocratie sociale, du droit à
l'assistance pour les nécessiteux, d'une instruction
publique pour tous, décrétant l'abolition de l'esclavage, les Montagnards imposent surtout la dictature
d'un Gouvernement révolutionnaire, sous la forme d'un
Comité de sûreté générale et
d'un Comité de Salut public, pour faire face aux ennemis
de l'intérieur (" l'armée catholique et royale " des paysans vendéens hostiles à la
conscription
militaire, l'insurrection de plusieurs villes et régions
" fédéralistes " girondines) et de l'extérieur
(une coalition des armées européennes animée
par l'Angleterre).
Cette mobilisation est efficace, tout comme
la Terreur décrétée en juillet 1793 est
sanglante : la reine Marie-Antoinette, les Girondins, puis les
dantonistes, des prêtres, en tout des milliers de personnes
sont exécutées. La répression contre les
Vendéens est terrible, les armées ennemies sont
repoussées par les soldats de l'An II, notamment à
Fleurus en juin 1794. Le pouvoir révolutionnaire est sauvegardé,
soutenu par les sans-culottes parisiens qui arrachent la loi du maximum
général, mais Robespierre continue d'exiger un soutien sans faille à
son entreprise de fondation d'un ordre et d'un homme nouveaux,
forgés dans la vertu et le droit au bonheur et dans le
culte de l'Être suprême.
La
fin de Robespierre
Las de la Terreur et du pouvoir personnel de Robespierre,
un complot de Conventionnels renverse Robespierre le 9 Thermidor
an II (27 juillet 1794). Il est exécuté avec ses
derniers fidèles le lendemain.
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Portrait de Maximilien
Robespierre. Peinture de l'école française, XVIII°
siècle. Musée Carnavalet, Paris |
Cette République thermidorienne est fermement républicaine,
mais entend se préserver des excès révolutionnaires.
Une nouvelle Constitution, en 1795, met en place le Directoire,
fondé sur un suffrage censitaire, où le pouvoir
est abandonné aux propriétaires. C'est un régime
faible, discrédité par le luxe et la corruption
des dirigeants face à la misère du peuple, menacé
à droite par les royalistes et les Chouans (qui poursuivent
le combat des Vendéens) et à gauche par les Jacobins,
le peuple parisien et les premiers communistes emmenés
par Gracchus Babeuf. C'est sans trop de mal que le jeune Bonaparte,
qui s'est couvert de gloire lors de ses campagnes en Italie et
en Égypte, renverse le régime lors du coup d'État
du 18 brumaire 1799. |